Palo Alto est dotée d’un cinéma comme on en trouve rarement ailleurs. Ce cinéma s’appelle le Stanford Theater. Il est situé à 221 University Avenue.

Le Stanford Theater fut construit en 1925. Comme toutes les salles de spectacle de cette époque, il est immense. Aussi grand, ou plus grand que les théâtres principaux de bien des villes.

Pendant des années, il fut le plus grand cinéma de Palo Alto. C’était là que passaient tous les grands films très courus du moment. C’etait là, aussi, que les familles se retrouvaient en fin de semaine.  Puis, comme dans toutes les villes, on commença à remplacer les cinémas à salle unique et a écran géant par des “multiplexes” – des hangars avec plusieurs salles, et des écrans quatre ou dix fois plus petits que les grands écrans d’entant. C’était plus rentable pour les distributeurs de films.

Ces multiplexes sont au cinéma ce que les supermarchés sont a l’épicier de la place du village. On y trouve de la grande série, fade et sans goût. Des films génériques, qui se ressemblent souvent, et qui sont calibres pour plaire au plus grand nombre.

Avec l’exode des foules vers les multiplexes, le Stanford Theater de Palo Alto perdit les films a grand budget et les nouveautés de Hollywood. Le cinéma aurait sans doute été voué à la démolition s’il n’avait été sauvé par la Fondation Packard, dont le nom vient de David Packard, un des fondateurs de la société Hewlett Packard. Cette Fondation est une œuvre caritative financée entièrement ou presque par la famille Packard qui a beaucoup gagne d’argent avec les actions de la société d’ordinateurs et d’imprimantes Hewlett Packard.

La Fondation Packard racheta le Stanford Theater en 1987, et l’a restauré a son état initial. Le cinéma, ainsi restaure, est splendide. La photo ci-dessous montre l’intérieur du cinéma.

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La restauration du Stanford Theater est un ouvrage qui continue. Chaque année, pendant l’été, le cinéma est ferme pour quelques jours, le temps de rafraîchir quelque aspect qui a besoin d’attention. Par exemple, récemment, on a restauré le plafond. C’est une composition incroyablement complexe de couleurs riches, profondes et chaudes qui s’entrelacent pour former des motifs géométriques. Un peu semblable a ce que l’on voit dans la photo ci-dessus, au-dessus du grand rideau.

Pour faire honneur a son histoire, le cinéma est, en fait, devenu un musée vivant du cinéma. C’est un musée car on y trouve principalement le passé. Mais il est vivant, car les films ne sont pas “sous cloche”.

Ils sont projetés sur l’écran géant du cinéma, à leur dimension d’origine. Ils n’ont pas été rabotés pour accommoder la taille d’un écran de télévision.

Le programme des séances change tous les jours, ou tous les deux jours. Le plus souvent, la salle est pleine. Dans tous les cas, l’audience est attentive. On vient au Stanford Theater pour le plaisir. C’est qu’on y passe des films uniques et de qualité dans un cadre exceptionnel.

La très grande majorité des films est en noir et blanc, et date des débuts du cinéma jusqu’à la fin des années 50 – début des années 60.  Mais ce qui est vraiment spécial, ce sont les films muets. C’est un vrai régal. Les films muets sont accompagnés par de la musique jouée sur l’orgue Wurlitzer du cinéma, lui aussi restaure dans sa splendeur d’origine.

Le Stanford Theater est une vraie salle de spectacle, avec une acoustique unique. Donc, le son du Wurlitzer se répercute sur toutes les surfaces de la salle; et l’orgue geint ou gronde à ravir.

Les organistes, tous des volontaires, viennent jouer de la musique aussi proche que possible de celle que l’on aurait pu entendre en 1915 ou 1925, quand le film était en vedette dans les cinémas de l’époque. Ils ont souvent fait beaucoup de recherche pour retrouver les partitions d’origine. Ci-dessous, on voit l’organiste à l’oeuvre. Il est en train de jouer avant le lever du rideau, ou a l’entr’acte.

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Après le lever du rideau, l’orgue disparaît dans la fosse d’orchestre, et l’organiste continue à jouer pendant tout le film. Les performances sont superbes, très fouillées, et très detaillées, pour coller parfaitement au scénario.  Elles sont aussi  très impressionnantes – de vraies performances physiques. Un marathaon, en quelque sorte.  Chaque organiste joue sans s’arrêter pendant la durée entière d’un film, quelquefois, plus de deux heures de file.

Le Stanford Theater vaut le déplacement. C’est un des très rares cinémas des Etats-Unis ou les films classiques représentent la totalité des programmes. De plus, la Fondation Packard, qui continue à gérer le théâtre s’efforce d’obtenir des copies de films qui sont de très grande qualité. Elles viennent très souvent des archives du cinéma qui sont dans un centre spécialisé, établi dans la région de Hollywood.